Matthieu
Blanchin

Mes débuts dans la bande dessinée

J'ai démarré en publiant une histoire scénarisée par Frédéric de Boccard dans « Pilote & Charlie » en novembre 1987. C'était extraordinaire de publier chez les grands. Je venais d’arriver à Paris. Cette histoire réalisée pour mon diplôme de l’école Émile Cohl était parue au préalable dans un collectif à Lyon chez Bouddha Éditions. J'étais tellement excité le jour de la parution en kiosque dans « Pilote & Charlie » qu’à mon boulot de peintre décorateur où j’étais à l'époque, je me suis mis à cogner avec des mouvements de kung-fu sur une effigie en polystyrène grandeur réelle du patron de l'atelier. Un apprenti qui trainait par là avec un opinel l’a pointé vers moi alors que je faisais un coup de pied sauté/retourné. Résultat : artère tibiale tranchée nette, puis urgences... Après quelques années j’ai ressenti le besoin de raconter cet épisode, paru en 48 planches autobiographiques dans le numéro 11 de « Lapin à l'Association ». Ces planches faites directement, sans crayonné, en 1 mois d'une fièvre de dessin sont devenues un livre ensuite, chez Ego comme x : « Accident du travail ».

Par ailleurs, j'avais rencontré Lewis et Killoffer sur un mensuel « Cactus » qui ne fit que 3 numéros en 1989/90. C'est là que Lewis m'avait parlé de l'Association, me suggérant de dessiner une patte de mouches qui devint mon tout premier livre en 1994 : « Ça déménage ». Pendant ces années-là, j'expérimentais mon dessin en faisant à peu près tout ce qui m'était possible : story-boards, couvertures de livres d'épouvante (éditions L'ai lu), illustrations documentaires (Gallimard) et illustrations pour presse et édition jeunesse (Bayard, Hachette, Flammarion, Nathan, etc.). Tout cela me permettait de vivre tout en rêvant de sentir que je serais mûr un jour pour dessiner des récits plus longs en bande dessinée. Ce qui se fit grâce à la rencontre de Christian Perrissin en 2001.

Les thèmes et les sujets que j'aborde

Encore aujourd'hui, j'aime alterner récits de fiction et autobiographie. Dans les deux cas ce qui m'intéresse essentiellement c’est de pouvoir exprimer par le dessin les motivations profondes des personnes ou des personnages. J'ai une attirance particulière pour les personnages singuliers dans leur époque, comme Calamity Jane, d'une humanité et d'une force vitale extraordinaire à laquelle j'ai consacré 7 années, avec Christian Perrissin au scénario.

Les auteurs qui m’inspirent et pourquoi

Yves Got, qui a été mon professeur et qui est pour moi justement un dessinateur du geste, avec une puissance et une expressivité inégalées; Hergé, pour la beauté et la pureté de son dessin et aussi pour la rigueur et la richesse inouïe de sa narration. Hugo Pratt, pour toutes les qualités précitées. Son « Jésuite Joe » est le livre de lui que je préfère. J'adore aussi Franquin, tant celui de Spirou, que celui des « Idées Noires ». Il y a au moins une chose unique dans son dessin outre l'énergie dont il est imprégné. Justement, chaque dessin laisse entrevoir la fraction de seconde qui le précède et celle qui va suivre, quelle vie! Richard Corben est aussi très important pour moi, toute son œuvre, mais surtout ses histoires courtes des années 70/80 qui sont des bijoux de dessin, de rythme, de justesse dramaturgique. Plus récemment, je suis très marqué par Mazzucchelli, Manuele Fior, Gipi, Emmanuel Guibert, Murat, ces auteurs associent inventivité, exigence créative et maestria graphique! Je pourrais aussi citer Jijé, Reiser, Forest, Tardi, Chaland, Blutch, Trondheim pour sa modernité hautement renouvelable. Et j'en oublie de toute façon, mais mon inspiration puise aussi beaucoup chez les grands illustrateurs tels Heinrich Kley, Arthur Rackham, Gus Bofa, Michel Galvin...

Mon style, mon approche graphique

Je tente d'être un dessinateur du geste, de manière à ce que le dessin, dans son mouvement même, traduise la vie intérieure des personnages. Je passe aussi énormément de temps sur mes découpages, tenter de trouver le bon rythme, d'une vignette à l'autre, d'une scène à l'autre.

Pourquoi la bande dessinée

Comme une évidence, ce médium est encore tellement jeune et offre tant de possibilités d'explorations. J'en ai toujours lu et mon rêve a été rapidement d'en faire mon métier principal.