Grégoire
Bouchard

Mes débuts dans la bande dessinée

Ma première histoire publiée s'appelait LES AVENTURE DE VICTOR HART L'ESPION CANADIEN. Elle est parue dans le journal étudiant de mon cegep. J'ai ensuite dessiné dans un fanzine de science-fiction que je photocopiais moi-même et qui s'appelait STRANGE MEMORIES. Mais j'ai vraiment commencé à trouver mon style et mes thèmes dans le circuit « underground » avec la revue ICEBERG dans laquelle je bénéficiais, grâce au rédacteur en chef Thibaud de Corta, d'une liberté créatrice totale. C'est dans cette revue que j'ai crée mon personnage de BOB LECLERC que je dessine encore aujourd'hui.

Les thèmes et les sujets que j'aborde

Le thème classique de « la seconde chance » (propre au cinéma américain), fait partie de la geste de mon héros Bob LECLERC qui est une espèce de DAN DARE vieillissant évoluant dans un monde blanc, homogène et dégénéré. J'aime aussi les sujets à connotation existentielle mais teintés d'humour et de dérision car sinon c'est trop austère. Mes histoires se passent toujours dans une espèce de passé mythique qui ressemble aux année 1940-50 et qui s'inspire un peu des vieux livres pour la jeunesse consacrés à la science, la technologie et la religion. Les ambiances font penser à celles qu'on retrouvaient dans les récits d'aventure et de science- fiction juste après la deuxième guerre mondiale, j'ai été baigné par ces histoires et elles restent pour moi une référence primordiale. Dans cette veine, LES DENTS DU TIGRE de Henri Verne, par exemple est un pur chef-d'oeuvre. Il me semble qu'un récit d'aventures se passant dans le passé est doublement dépaysant car il nous fait aussi voyager dans le temps.

Les auteurs qui m’inspirent et pourquoi

J'aime surtout les classiques comme E.P. JACOBS, Hugo Pratt et HERGÉ, probablement parce-que j'ai une tendance conservatrice. J'aime beaucoup MARTIN LE MALIN à cause des atmosphères étranges qu'on y retrouve, j'aime Munoz et Sampayo et je me suis beaucoup inspiré de leur personnage Alack Sinner pour créer Bob LECLERC. J'ai été beaucoup influencé par la nouvelle ligne claire des années 80 en terme d'ambiance et d'univers ainsi que par les vieux fascicules de gare. J'admire aussi Jocelyn Houde pour ses formidables récits de guerre ainsi que Jacques Boivin pour son intelligence narrative. J'aime la première période de Charles Burns, quand il caricaturait les années 1950. Il y a tellement de grands talents dans l'histoire de la bande dessinée et du comic strip que je ne peux tous les nommer. Mais j'ai une préférence pour ceux qui se situent dans la fiction de genre et l'imaginaire pur.

Mon style, mon approche graphique

Je me considère comme un dessinateur réaliste mais expressionniste et stylisé. Je privilégie les atmosphères et mon intérêt est de construire un univers. Dessiner une bande dessinée me fait penser à l'assemblage d'une maquette d'avion ou de sous-marin. Il faut coller plein de morceaux et ensuite les recouvrir de peinture. Les morceaux doivent bien s'ajuster entre eux. J'aime les monstres, j'aime ce qui se décompose, j'aime recomposer le décomposé!

Pourquoi la bande dessinée

Dans mon cas ça aura été la meilleure façon de montrer ce que j'avais dans la tête. Je ne pourrais pas exprimer avec juste des mots l'univers que j'ai dans mon esprit. Le dessiner est plus simple et plus efficace. Je pense que la photo, le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique ne me permettraient pas d'être aussi juste et précis en ce qui concerne l'intérieur de mon coeur et de ma tête. Peut-être que la poésie qui est l'art suprême me permettrait cela mais je n'ai, hélas, pas le talent de poète. Combiner des mots et des dessins est un moyen simple et génial pour formuler des idées. Au fond, c'est peut-être la bande dessinée qui est l'art suprême! Le but est de s'exprimer et de rejoindre les autres autant que possible en espérant qu'ils vous comprennent. Mais ultimement, j'adhère à la pensée anti-bourgeoise du grand chanteur western WILLY LAMOTHE qui disait: « J'aime mieux mourir incompris que de m'expliquer toute ma vie! ».