Vincent
Giard

Mes débuts dans la bande dessinée

Au début, je n'étais pas encore né. J'imagine que je vais mourir avant la fin. Entre les deux j'essaie de faire des livres qui donnent le goût de danser sur des lits.

Petit, j'étais fasciné par une tante illustratrice, et un oncle qui faisait de l'art numérique — et qui m'a offert probablement trop tôt un artbook de Moebius. Vous pouvez imaginer la suite (elle sera plus excitante qu'en vrai).

Été 2008, Julie Delporte, Luc Bossé et moi on fonde un atelier de bande dessinée, suivis rapidement par Zviane et une puis deux dizaines d'autres auteurs fatigués de travailler chez eux en pyjama. La Maison de la bande dessinée de Montréal [http://atelier.aencre.org] invite depuis des auteurs étrangers en résidence, et loge les bureaux de Pow Pow [http://editionspowpow.com] et les deux maisons d'édition que je codirige: la Mauvaise tête [http://mauvaisetete.com] (livres disponibles en librairie) et Colosse [http://collectioncolosse.com] (microéditions plus sauvages). C'est pas l'atelier le plus propre en ville, et tant mieux.

Je publie des images sur mon site [http://aencre.org], qui est maintenant assez âgé pour aller essayer de s'acheter de la bière au dépanneur.

Les thèmes et les sujets que j'aborde

Selon les histoires et les collaborations, je jase de création, d'amour et de liberté, de vivre et s'espionner par des écrans, de rater le dernier métro et traverser la ville sous la neige, de science-fiction avec des problèmes de concentration, de rembourrage *et* de cascadage, d'avoir faim.

Les auteurs qui m’inspirent et pourquoi

Au-delà de ceux que j'ai connus de loin comme lecteur, les auteurs qui façonnent mon esthétique et mon éthique sont ceux que je côtoie (en ordre alphabétique):
les danses contre l’amertume de Jimmy Beaulieu [http://jimmybeaulieu.com],
les petits systèmes solaires de Sophie Bédard [http://terrier-a-tamias.blogspot.ca],
les jeux de dérapages de Xavier Cadieux [http://mongroslitchaud.blogspot.ca],
le swing de la ménagerie joufflue de Cathon [http://cathonchaton.com],
l’équilibre honnête et la plastique de l'hésitation de Julie Delporte [http://juliedelporte.com],
la vivacité entêtée et les pantalons serrés d'Alexandre Fontaine Rousseau,
la facilité frondante de Benoît Guillaume [http://benoitguillaume.org] ou Nicolas Lachapelle [http://derives.aencre.org],
la profondeur de l'ellipse de Sébastien Lumineau [http://www.sebastien-lumineau.fr],
la voix en biscuit encore chaud d'Obom [http://dianeobomsawin.com],
la patine de la boule dans la gorge de Guillaume Pelletier [http://gpelletier.com],
la flore en dessin direct de Singeon [http://singeon.tumblr.com],
le dynamitage de l’indynamitable de David Turgeon [http://twitter.com/david_turgeon],
les vrais morceaux de Sophie Yanow [http://situology.com]...

Dans mon quartier, mes auteures préférées: Cathon (meilleur dessin), Sophie Bédard (meilleures histoires), Sophie Yanow (meilleure de tout).

Mon style, mon approche graphique

Je cherche un dessin qui illustre le plaisir de sa propre découverte, un dessin-jeu.

Du coup, quand la seule constante c'est la recherche, c'est peut-être bizarre de parler de style? Il y a des ingrédients plus fréquents, forcément: des courbes, des traits gras, des aplats de noirs et de couleurs hurlantes, des perspectives baveuses, des filles qui se ressemblent un peu trop, des bonhommes tout construits en fesses. Parce que c'est drôle, et d'être drôle c'est peut-être la meilleure manière d'illustrer ce qui ne l'est pas du tout.

Pourquoi la bande dessinée

Jimmy Beaulieu disait quelque chose comme «J'aime le dessin, l’écriture, le cinéma, la botanique, le théâtre, la danse, l’architecture, la philosophie, la politique, la musique... Je n'aurai pas assez d'une vie pour tout pratiquer: la bande dessinée me permet de ne pas choisir.» Il oubliait la poésie, l'art conceptuel, la typographie, le collage, le rembourrage et le cascadage, froncer les sourcils, la programmation et les lettres d'amour.

Sérieux, faire sa bande dessinée c'est comme cultiver ses propres mangues.