Pascal
Colpron

Mes débuts dans la bande dessinée

Comme beaucoup d'autres illustrateurs, je dessine depuis que je suis tout petit. Mes toutes premières bandes dessinées, très naïves, mettaient en vedette Mickey Mouse et Donald Duck. Adolescent, je dessinais des superhéros en caressant l'espoir de travailler un jour dans l'industrie des comics. En lisant sur le milieu, j'ai beaucoup déchanté. Au cégep j'ai publié dans le magazine « Exil » une courte BD d'inspiration cyberpunk scénarisée par mon ami François Bellegarde. Après des études diverses, je me suis éventuellement tourné vers le monde de l'animation 3D où j'ai oeuvré pendant dix ans comme storyboardiste et directeur artistique. En 2008, inspiré par le succès d'auteurs publiant sur Internet tels que James Kochalka (« American Elf ») et Scott Kurtz (« PVP Online »), j'ai commencé un blogue BD, « Mon petit nombril », qui traitait de façon humoristique de ma vie de nouveau papa et de mes malheurs au bureau. Je m'étais donné comme défi de faire une page par jour. Peu après, lorsque la compagnie où je travaillais a fermé ses portes, je me suis lancé à mon compte. Mes bandes dessinées ont connu rapidement un certain succès sur le Web. J'ai commencé à collaborer à la série « Les Nombrils » de Delaf et Dubuc, mon apport se situant principalement au niveau des décors. Ensuite la Pastèque a publié mon premier album tiré de ce que j'ai fait sur le blogue. Je partage maintenant mon temps entre l'illustration et la BD (collaborations et projets personnels).

Les thèmes et les sujets que j'aborde

Mon travail est principalement autofictionnel. Je me mets en scène à toutes les sauces. Sur mon blogue, au début, je traitais de sujets familiaux, légers mais basés sur la réalité. Plus récemment, mes thématiques ont évolué pour tourner autour de l'évasion, du rêve, du fantastique.

Les auteurs qui m’inspirent et pourquoi

Il y en a beaucoup trop pour être listés! Tous les auteurs de BD qui se démarquent ont un petit quelque chose d'admirable qui finit tôt ou tard par avoir une influence sur mon propre travail. Mes inspirations sont donc de tous les pays et de toutes les époques. Présentement, j'avoue avoir un faible pour le ton des histoires de Michel Rabagliati, le dessin dynamique de Christophe Blain, les compositions d'Olivier Schwartz, la simplicité de Libon, les couleurs de Julie Rocheleau, l'humour incisif de Riad Sattouf, la maîtrise du découpage (et l'immense productivité) de Zviane, la méthode et la rigueur de Delaf, l'oeuvre de Réal Godbout, le génie de Vincent Giard, et j'oublie des tonnes d'autres auteurs tout aussi talentueux.

Mon style, mon approche graphique

Je dessine dans un style semi-réaliste, ce qui ne m'empêche pas de verser dans les exagérations cartoonesques lorsque le contexte le demande, un peu comme dans les mangas où l'expressivité prime sur l'homogénéité du style. On dit aussi que mes perspectives se démarquent, ce qui est probablement dû à mes années de storyboard, où je devais dessiner rapidement, à la demande du réalisateur, des personnages et des décors sous toutes sortes d'angles de prises de vue : plongées, contre-plongées, etc. Ceci expliquerait peut-être aussi mon type de mise en scène assez cinématographique. Sinon, j'ai un trait vif dont je ne soigne pas nécessairement la finition. Je trouve que ça donne de la chaleur à mon dessin qui est fait à l'ordinateur à l'aide d'une tablette graphique. Je fais méticuleusement mon lettrage à la main. Auparavant je travaillais strictement en noir en blanc, mais j'inclus de plus en plus la couleur à mes dessins.

Pourquoi la bande dessinée

On s'entend, la BD, c'est du travail de moine. C'est pas très payant. Les remises en question sont fréquentes. On trime dur pour satisfaire le critique intérieur, ce contremaître impitoyable. Penchés sur la table à dessin ou sur l'écran, on s'arrache les yeux, on se ruine le dos et on risque les tendinites pour réussir tel ou tel détail que personne d'autre que nous ne verra. Ça tourne parfois à l'obsession. Mais en dessinant, on se surprend tout le temps. On explore. On joue. On se fait rire. Juste avec des lignes, des textures, des couleurs, on crée la vie, le mouvement, on évoque des choses, on en suggère d'autres, et dans tous les cas on stimule le plaisir de déchiffrer des lecteurs qui sont plus qu'enthousiastes de partager leur appréciation en-ligne ou en personne. Et n'oublions pas le potentiel d'expression de la BD : les seules limites pour dépeindre des histoires, des concepts ou des lieux créés de toutes pièces sont celles de l'imagination et du talent du dessinateur.